Questions de pratique Marathon : mode d'emploi

Discussion in 'Chapters' started by petit-pied, Sep 8, 2015.

  1. ... comme mes pieds!

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    Hello everybody!
    Je conseille également l'inscription sur une épreuve officielle pour bénéficier de l'engouement général pendant la course et le soutiens du public sur les derniers kilomètres, ça aide vraiment.
    Concernant le plan d'entrainement, j'avais pris un plan sur 10 semaines typé sorties courtes pour mon premier marathon (Tours Loire Valley en 2014) et j'avais fait le choix de courir la première moitié chaussé en VFF et la deuxième pieds nus, les Vibram accrochées à la ceinture .
    De ce point de vue la technique a fonctionné, pas de problème de pieds, déjà rodé à des sorties de 23 à 25 km pendant la préparation.
    Seul le réveil d'une tendinite au genou gauche m'a forcé à marcher vers 30km et à finir en alternant marche/course, je partais cela dit en connaissance de ce risque potentiel.
    J'ai quand même pu boucler la distance mythique pour la première fois et ainsi dire "je l'ai fait!!", cela reste aujourd'hui encore une grande satisfaction.
    Pour le prochain , mon défi sera de boucler les 42,195km pieds nus mais pas tout de suite, seulement quand je serai à l'aise (et au point!) sur des sorties longues (+/-35 km) en entrainement ou en trail. C'est ce à quoi je vais m'atteler au cours de l'année à venir pour prendre le départ du marathon de Tours en septembre 2016... On en reparle dans 12 mois ?:D

    Voilà mon point de vue sur l'affaire.;)

    @pluche les Piénus!
     
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  2. zaebas

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    Pour la résistance plantaire, j'ai pas d'avis, je suis encore trop jeune dans le métier.

    Pour ce qui est du temps pour une prépa marathon.... sans déconner, on n'est pas obligé d'attendre 2 ans !

    Je suis passé de non coureur à marathon en 4H en 6 mois en minimalistes.

    Chacun avance à son rythme. C'est comme d'habitude, il faut être à l'écoute de son corps.

    Le site www.conseils-courseapied.com/ m'a beaucoup aidé et la communauté y est active et sympathique.
     
  3. Gégé

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    Bonjour à tous, ayant fait mon premier marathon dimanche dernier je tenais à vous faire part de ma petite expérience.

    Pour ce qui est de mon entrainement j'ai juste fait des sorties 3 à 4 fois par semaine d'une heure trente minimum à deux heures trente pour la sortie longue. Beaucoup d'endurance fondamentale, aucun fractionnés ( j'aime pas ça ) pas de plan rigide à suivre mais j'ai surtout fait attention à ne pas me blesser, ne sachant trop ou j'en étais dans ma période de transition ( 16 mois ), et à ne pas trop me fatiguer.

    Bref après un petit trail de 26 km le 6 aout en sandales, je me suis dit que le marathon du premier octobre était à ma portée.

    Dès le départ, comme dans toutes les courses d'ailleurs, c'est parti très vite. J'ai eu le plaisir de discuter avec un coureur pieds nus avec qui j'ai partagé les premiers kilomètres. Et me sentant des ailes j'ai poussé un peu le rythme.

    Le premier 10 km en une heure, très content, le deuxième en deux heures et des poussières très content aussi. Mais, c'était compter sans les côtes. Et oui à partir du 25éme km des côtes, des faux plats et des côtes et des descentes.

    Mon collègue pieds nus me rattrapant et me dépassant je lui fait part de douleurs au niveau des hanches, chose que je n'avais jamais eu jusque là. Il me rassure en me disant que c'est certainement musculaire et me conseil de marcher dans les côtes afin de reposer certains muscles. Conseils que je suivrais.

    A partir du trentième km, la pluie et le vent de face n'aidant pas, je fulmine quelque peu en marchant dans les côtes.

    J'arrive exténué en courant jusqu'à l'arrivée en 4 heures et trente quatre minutes, mon objectif étant de le finir ne sachant pas trop où j'allais.

    Le lendemain mis à part quelques courbatures aux mollets, mais pieds n'ont pas souffert. J'ai de légères courbatures aux avants-bras, tiens c'est rigolo ça. Deux jours après je suis allé faire un petit tour de trois quart d'heures en altérant marche et trottinements.

    Donc ça va.

    Voilà pour mon premier marathon à 48 ans couru en Merrel vapor glove. Très contentaussi parce que c'est mon premier marathon couru " comme pieds nus ". De gros doutes sur les dernières semaines de mon entrainement mais jamais pendant la course.

    Demain petit footing de récup' et c'est reparti !

    Je vous montre le relief quand même parce que pour un marathon, un marathonien chevronné m'a dit qu'il n'avait jamais vu ça.

    https://static.actu.fr/uploads/2017/04/relief.jpg
     
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  4. Lambda

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    Bien joué Gégé !
    C'est le Luberon, c'est ça ?
     
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  5. Gégé

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    C'est le Paimpol-Perros- Guirrec dans les Côtes d'Armor, j'ai oublié de préciser. Merci Lambda ;)
     
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  6. petit-pied

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    Bravo à toi Gégé, je sais ce que c'est que de vouloir un marathon qui ne veut pas s'offrir à vous ;)alors je suis tout particulièrement content pour toi !! c'est chouette de réliser un aussi beau projet
     
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  7. Gustaf

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    Franchement bravo, car seulement après 16 mois de conversion, je trouve ça fort. Niveau mollet, c'est chaud, surtout si il y avait beaucoup de côtes.

    Perso, ça fait 2 ans que je me convertis et je suis loin de pouvoir parcourir un marathon. Enfin, j'en ai pas la volonté non plus pour le moment donc à voir plus tard si ça me botte un jour de tester ça.
     
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  8. Gégé

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    Merci à tous pour vos encouragements.

    Prochain objectif le 100% pied-nu. J'ai commencé ce matin avec une sortie récupération de 55 minutes. Trop génial ! C'est la première fois que je cours sans mes sandales à la main :D.
     
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  9. Lambda

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    Dis, puisque t'as l'air chaud-patate, tu veux pas venir en Savoie avec nous ce week-end pour un petit trail de 15km histoire de te remettre du marathon ?
    J'ai une place dans ma voiture je peux t'emmener.
     
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  10. Barefoot Gégé

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    Salut Lambda, ce n'est pas moi (qui suis dans le Var) mais un autre Gégé qui est chez nous... pour moi le marathon approche à grands pas (dans 1 mois) ;)
     
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  11. Lambda

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    Oups, tu as raison. Il me semblait bien que tu avais couru le semi du Luberon ce week-end, et que ça ne faisait pas que 16 mois que tu courais. Tout s'explique.
    Désolé @Gégé, mais du coup mon offre de t'emmener en Savoie ne tient plus, puisqu'on habite à quasiment 1 000 bornes l'un de l'autre :)
     
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  12. GT179

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    C’est un peu le même sujet donc je m’immisce ici pour parler de la course qui me tenterait si je ne fais plus de coupures d’entraînement !
    @Lambda tu la connais bien vu que tu y as participé 2 fois, c’est le grand raid de Camargue !
    J’ai beaucoup d’interrogations autour de sa faisabilité pieds nus car elle emprunte beaucoup de digues avec des chemins carrossables empierré j’ai l’impression !
    Le type d’entraînement est à peu près le même que pour le marathon sauf que les fractionnés sont quasiment inexistants !
    Y en a-t-il qui ont déjà fait de telles distances pieds nus et avec quel entraînement ?
     
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  13. vdor

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    Bonjour.
    Une expérience très pauvre, mais qui me plaît à vous faire partager. Pour ma part, un seul marathon récent, chaussé (3h46). Un autre il y a bien longtemps. Pas mal de semis...
    Ce qui m'amène à une réflexion. La question se pose d'une manière double, je crois : tenir le marathon... Et le courir barefoot, et je crois que c'est bien deux domaines différents !
    Pour le tenir, je crois qu'un coureur de semi est rapidement capable de doubler sa distance. Pour ma part, je ne l'ai jamais fait en entraînement. Je ne voyais pas l'intérêt de se brûler sur une aussi longue distance (et sans doute incapable de le tenir seul dans mon coin).
    Une fois capable de courir 25 à 30, je savais que ça suivrait. Encore une fois, je suis un noob !
    On choisis bien son objectif temps, et on reste super régulier. Et on écoute son corps... J'ai toujours essayé de faire de projections de temps réalistes et sur lesquelles je pouvais être en confiance.

    Pour les chaussures, c'est plus délicat, je laisserai les plus compétents répondre.
    Encore une fois, j'aurais tendance à dire qu'une fois passé 25k, le marathon n'est pas loin !
    Et même si je suis pas fan des courses de masse, ça donne quand même une sacré patate ! Et ça aide aussi à construire un plan d'entraînement !
     
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  14. Koum

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    Oui effectivement pour un premier marathon c'etait loin d'être roulant.
    Felicitations
     
  15. Lambda

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    On aura 5 heures pour en discuter tout à l'heure dans la voiture :)
     
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  16. Helder

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    La difficile adéquation du corps et de l’esprit : un piège de tête brûlée
    (--> C’est le long titre que je retiendrai de ce marathon, mais c’est aussi le titre du paragraphe auquel vous pouvez vous rendre si vous voulez commencer à lire directement au début de la course ; comme mon texte est long, j’espère qu’il vous plaira si vous lisez tout ; j’espère aussi que vous apprendrez de MES erreurs. Même si vous me direz probablement que vous apprenez mieux de VOS erreurs…)​

    Bonjour à toustes.

    Comme le texte est hyper long, je vais essayer de le découper en plusieurs morceaux, en ne coupant pas en deux un « chapitre » ou un autre. Bonne lecture !

    Marathon, petits petons, et patapon…


    Le 22/10/2017, je suis donc allé courir au « marathon des puys », première édition : c’est le marathon de Clermont-Ferrand. J’ai déjà un peu présenté le parcours sur ce forum ; voici donc le récit de ma course (pieds nus) précédé du contexte personnel proche et suivi d’un bilan des leçons tirées.

    La course à pied, c’est la vie…

    Et la vie, en effet, c’est fait de plein d’obligations, de plein d’autres choses motivantes ou démotivantes contingentes ou obligatoires. Et d’erreurs. Et d’accidents. Dans les weekends qui précédèrent le marathon, je partis plusieurs fois avec un gros sac sur le dos, avec de quoi dormir dehors en montagne ou en pleine nature : le sac était volumineux, 65 litres, et pesait entre 10 et 15 kg selon les weekends. Avec un tel sac et plusieurs personnes à voir au cours de ces weekends, je fis le choix d’effectuer certains des trajets de transition en trottinant avec le sac sur le dos et en tenant mes sandales à la main. Erreur ! Je n’étais pas habitué à mon schéma corporel du moment : la course avec un énorme sac. En effet, la course est le permanent rattrapage d’un équilibre ; quand l’on a 65 litres qui pèsent entre 10 et 15 kg dans le dos, c’est dérangeant à tout le moins.

    Le 17/09, je me blessai donc en tapant le gros orteil droit contre un trottoir, crois-je me rappeler : je terminai mon trajet de 11 km de montée (sur route) en autostop, alors que j’avais prévu de tout faire en trottinant. Résultat : seulement 1,5 km de course à pied, et 1 km de marche, puis autostop, puis 1 km de marche dans la super côte finale à plus de 15%.

    Rebelote une semaine plus tard : le dimanche 24/09, je me blessai au même orteil qui avait eu tout juste le temps de bien cicatriser. Je m’étais mis au repos pendant la semaine, afin de bien laisser le pied se remettre de sa tension, et la peau se refermer correctement. Je rouvris donc involontairement la peau aux confins peau-ongle. Cette fois-ci, cela avait été une course (au petit trot) dans une côte alors que j’avais le même énorme sac sur le dos. Je m’arrêtai immédiatement de courir, tout comme une semaine plus tôt. Tout comme une semaine plus tôt également, je désinfectai immédiatement : en effet, j’avais de quoi le faire, dans mon sac. L’aventure, mais avec du désinfectant.

    Sauf que je ne laissai pas passer toute une semaine avant de recourir, cette fois-ci. En effet, j’avais pris 3 jours de congé, et je me sentais en forme. Et la blessure à mon orteil ne me dérangeait pas tant que ça. Pieds nus, quand on court ailleurs que dans les herbes hautes, ce qui n’est pas en contact avec le sol est dans de bonnes conditions : ça respire bien, pas de problème démesuré avec la sueur et donc les bactéries, etc. Mais pour ne pas aggraver la blessure, il me fallait donc aller courir sur une surface sans irrégularité aucune, me dis-je pour rester prudent tout de même : j’allai courir sur un tartan, c’est-à-dire une piste d’athlétisme, pieds nus. J’y fis une séance de fractionné le lundi 25/09 après-midi. Je retirai le pansement que j’avais mis après application du désinfectant. Le problème est que mon schéma corporel était derechef bouleversé par l’application d’un pansement puis le retrait, le tout avec une certaine tension au pied droit qui avait eu une blessure à deux reprises en 7 jours au même orteil. Je me fis donc une ampoule à l’autre pied qui essayait de prendre la plus grosse partie des responsabilités. Cette ampoule était toute petite néanmoins.

    Je courus une séance longue le mercredi 27/09 : ce fut une réactivation de l’ampoule. Je n’avais pas été assez patient. Mais la séance avait duré tout de même une heure à plus de 14km/h. Pas trop mal.

    Toutes ces minuscules blessures m’avaient un peu amené à la conclusion qu’il fallait tout de même se calmer et arriver sereinement à ce marathon : pas de blessure, et les blessures cutanées sont la menace pour un coureur pieds nus. Donc, je me calmai.

    Le 08/10, rupture amoureuse : celle qui avait craqué en me rencontrant alors même que je randonnais pieds nus à 1400m d’altitude, eh bien celle-là même se rendait compte qu’elle n’avait plus les mêmes désirs que moi. Cela met toujours un coup au moral, et fatigue même physiquement. C’est la vie. Je me sentis fatigué dans les jours suivants, je me lançai moins dans des entraînements. Je décidai que c’était comme ça, et puis c’est tout. Mais moins d’entraînements, voilà qui « ne montait pas en force » ma charge d’entraînement ! :D La motivation était un peu rabougrie.

    (Fin de l'épisode 1 ; je publie tout de go l'épisode 2.)
     
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    #36 Helder, Oct 30, 2017
    Last edited: Nov 1, 2017
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    (Episode 2.)

    La méthode concrète

    Alors, je décidai d’opter pour la méthode concrète : le plus simple pour intégrer des efforts physiques à son quotidien est de transformer les trajets du quotidien en course à pied. Cela avait marché pour moi au sujet du vélo, pratique physique dont j’ai fait mon métier après plusieurs années de découverte et de pratique par passion. Alors, allons-y pour la course ! Le hic, c’est qu’il y a moins de 2 km pour aller de chez moi au boulot. Certes, il y a du relief. Bon, j’arrivai tout de même à courir 10 km (dont 5 de beau relief) dans une journée proche de la rupture amoureuse.

    La dernière semaine avant le marathon fut la semaine où revint ma motivation, et ma forme physique. Mais le mercredi midi, je décidai de reposer mon corps et de ne plus faire d’entraînement, ce que je ne faisais de toute façon pas vraiment puisque c’était un tout petit trajet pour aller au boulot : c’était juste une répétition de mes gammes.

    Toutefois, je recourus pieds nus, ce mercredi, sur 200 mètres pour aller retourner le compost avec une voisin•e : j'y allai avec des verres et une bouteille dans les mains, ce afin d'avoir à boire sous le soleil de midi. Le hic fut encore la perturbation sur mon schéma corporel, provoquée par le lestage de mes bras par des verres (à ne pas faire tomber si l'on ne veut pas se blesser avec le verre) et la bouteille à moitié remplie. Les bras sont censés faire balancier. Si l'on alourdit les balanciers, en effet, ça peut poser problème. Je raclai une nouvelle fois deux orteils gauches, les deux plus gros à vrai dire, contre le sol... À quelques jours de la course. Je n'étais pas fier de moi...

    Le lendemain, jeudi 19/10, je travaillai d'une grosse journée, avec des animations dans tous les sens. Dans ma journée de travail, pour aller plus vite, je courus plusieurs fois entre les deux sites de mon boulot, distants de 300 à 400 mètres en centre-ville avec une passerelle SNCF (au-dessus des rails), et ce afin d'aller plus vite qu'à vélo encore ! Mais comme j'avais mes chaussures avec drop aux pieds, je me tordis un peu la cheville droite... Ah, ce satané drop... La récupération de cette cheville alla en fait plutôt bien. Le samedi, à la veille de la course, la douleur n'était plus perceptible. Le port de chaussures plutôt que de sandales au boulot est en fait une vaste question... Comme je bosse dans le vélo et que je fais des animations avec du grand public, voire avec du public jeune dans des cadres scolaires ou non (mais en tout cas souvent avec des grands groupes), ce que fais dans l'ensemble est de porter des chaussures plutôt que des espadrilles ou des sandales, dans ces contextes-là, et ce afin de simplifier le message que je fais passer aux jeunes... Mais je suis de moins en moins sûr sur ce qu'il faut faire-et-dire, finalement... Toute la question du minimalisme, en fait... "La Clinique du Coureur" tombera peut-être d'accord avec ma circonspection ! :) Et cela n'est pas non plus sans rappeler une vidéo que je viens de voir :

    En effet, vaut-il mieux être engoncé•e quand on a les capacités, que de faire avec la liberté la plus grande possible pour son corps ? Vaut-il mieux toujours porter des plâtres au bout des pieds, que de continuer à muscler et tonifier son corps ??? (La formulation est évidemment exagérée, mais la provocation est là pour bien poser le débat quand certain•e•s ne verraient pas matière à débat...)

    Le vendredi 20/10/2017 au soir, après le boulot, j’allai en covoiturage à Clermont-Ferrand, pour voir des ami-e-s, et pour aller retirer mon dossard et ne pas avoir le trajet à la veille de la course. Un trajet de plus de 3 heures, même en voiture, ça fatigue toujours : la position assise dans un siège de voiture ramollit… Le vendredi soir, chez l’ami qui m’hébergeait et que je pourrais parfois baptiser « el Oso » (« l’ours », et ceci est une référence aussi à l’auteur du livre Born to Run, Christopher McDougall) je pris congé assez tôt (22h25), je dormis bien mais me réveillai très tôt ! Mais c’était l’excitation qui montait, et la bonne forme physique qui revenait. Je lus donc des pages de « Born to Run », tout en me préparant un peu de chia. J’avais acheté des graines de chia 2 semaines avant le marathon, et cela faisait 10 jours que je m’en servais un peu. Concluant pour moi. Je quittai el Oso en lui donnant la recette du chia et en lui laissant un verre tout prêt. Là s’accélérait encore le « marathon des mondanités » ! :p Nan, en vrai, j’adore ça : revoir des potes, quoi de mieux !

    Le dossard, la puce et les pieds nus

    Mais d’abord, j’allai donc retirer vite fait mon dossard à la place de Jaude, parce qu’il fallait le faire la veille du marathon. On me demanda si mon prénom était un vrai prénom : paye ton accueil ! (J’en ai l’habitude, mais là, je me suis dit : c’est étrange dans une organisation de marathon de traiter les gens de la sorte.) Oui, c’est un vrai prénom. Et je n’ai pas encore la repartie assez bien faite pour répondre malicieusement : « Eh bien, la République Française a considéré que ce n’était pas digne d’être porté par moi ; mais, sinon, oui, c’est un vrai prénom qui fut considéré ni assez français ni assez classique pour la République Française, à ma naissance. » Ensuite, la même personne soucieuse de mon prénom me dit ceci :
    « Alors, cette puce, il va falloir que vous l’accrochiez à votre chaussure, comme ceci, comme sur cette photo. »
    Moi : « Le problème est que je n’aurai pas de chaussure. »
    Elle : « Ah, vous serez pieds nus ?!?! »
    Moi : « Oui, tout à fait. »
    Elle : « Donc, voilà, je vous remets ce sac. »
    Deux secondes passèrent.
    Moi : « Oui, je viens de vous le dire, je serai pieds nus. Comment fais-je pour attacher cette puce ? »
    Elle : « Ah, d’accord ! Eh bien, je ne sais pas, allez voir la personne qui est là-bas, au bout de la table, devant son ordinateur. »
    Bon, là, si vous courez vous aussi pieds nus, vous l’avez peut-être déjà rencontrée, cette incrédulité : là, cette personne pensait que j’avais dit une blague et elle avait aussi voulu faire une blague aussi. Sauf que c’était un quiproquo total, en l’occurrence ! :D

    Avec ma puce et mon bracelet « Rilsan », je me dirigeai donc vers la personne à l’ordinateur. Je lui présentai le problème. Le rilsan était trop court pour être attaché autour de la cheville. La puce était faite pour être attachée par les lacets. Y avait-il des bracelets « Rilsan » plus grands ? Le hic, me dit la personne à l’ordinateur, c’est qu’il n’y avait qu’une taille de « Rilsan » dans leur stock. Bon, j’en prendrai deux, donc. Je fis un essai : un petit montage de deux « Rilsan » en chaîne. Cela fonctionna et était assez large pour moi. Attention : cela peut ne pas être assez large pour les grandes chevilles. Il peut en falloir 3, alors. Idée que Coralie me glissa plus tard dans le weekend, une heure avant le départ du marathon : prendre un lacet est plus agréable qu’un « Rilsan ». Si certain-e-s d’entre vous l’ont déjà testé, je suis preneur du retour. (Suivant l’idée de Coralie, le dimanche matin, je pris un lacet que je glissai dans la poche de mon pantacourt en « Lycra », rangé avec la puce. Mais je n’attachai jamais la puce, en fait !)

    La suite du « marathon des mondanités »

    Après le retrait du dossard, ponctué de l’épisode titillant du prénom et de l’épisode des « Rilsan », je me dirigeai en trottinant pieds nus jusque chez François, le deuxième ami que je vis ce weekend. Ce trot fut le test de la veille : je me sentais bien, y compris dans la « belle » descente. Suite de l’agréable « marathon des mondanités ». Nous étions samedi midi. Je remarquai rapidement que François avait perdu du poids : il changeait ses habitudes alimentaires, suivi par une diététicienne. Et comme l’un des sujets qui me passionne le plus au monde, ce sont les rapports que nous avons, entretenons ou cassons, avec nos habitudes, alors j’étais heureux de pouvoir en discuter avec lui. Je mangeai avec lui, et ça tombait bien : des spécialités que j’avais apportées de mon pays savoyard, il refusa de manger le reblochon, régime oblige. En fait, je lui en sais gré car j’ai pu donc ne pas en manger trop. En fait, il en mangea un mini-bout, tout comme moi. Mais c’était mieux ainsi. Le reblochon à 20 heures d’un départ de marathon, il y a mieux. :D Les crozets, en revanche, ces pâtes savoyardes, il en mangea avec moi, et c’était parfait ! Des pâtes, encore des pâtes. Ce weekend, j’apportais les pâtes et le reblochon à mes amis, en plus du chia et du miel ; eux m’offraient verdure, vitamines et surtout le gîte et le couvert (au sens propre, le « couvert »). Après le déjeuner et la vaisselle, je pris congé de François. Je devais me rendre chez Timothée.

    Timothée est mon ami qui parrainait cette première édition du marathon des puys. Marathonien d’élite, il court 42,195 km en moins de 3h14 (oui oui… Timothée Bommier) mais n’a jamais couru pieds nus. Nous avions donc plein de choses à apprendre l’un de l’autre. Il m’ouvrit la porte avec le sourire des grands jours.
    « La forme ? », me demanda-t-il.
    « Oui ! Vraiment, je le sens, et je le crois. »
    Coralie était là aussi, c’était la première fois que je la rencontrais. Coralie est la copine de Timothée. Une sportive aussi, comme Timothée aussi. Le courant passait bien avec Coralie. Nous nous marrâmes bien, à parler de sport, de nos vies, du lendemain. Et nous parlâmes plus sérieusement des personnes demandeuses d’asile qui occupent (encore à ce jour, où j’écris ces lignes) le site Gergovia de la fac de lettres à Clermont-Ferrand. Une présentation brève de la lutte en cours et des besoins actuels :
    https://www.solidaires.org/ClermontFacSolidaire-NOUVELLE-MOBILISATION-MERCREDI-25-OCTOBRE
    J’avais échangé, mercredi 18/10, avec RESF63, via Internet : je voulais apporter ma contribution et avais dit que je pouvais porter un message sur mon tee-shirt durant la course. L’assemblée générale avait approuvé, heureuse, l’idée. J’avais donc imprimé deux feuilles A4 : « ACCUEIL DE TOU-TE-S. #ClermontFacSolidaire ». Ce hashtag est le hashtag sur lequel communique la communauté des personnes qui militent dans cette lutte précise.

    Pendant que Coralie et Timothée partaient de l’appartement, je me préparai pour une sieste. Courte, mais utile. Puis j’allai voir le campement sur le site universitaire de Gergovia, campement qui avait la bienveillance de la présidence de l’Université Blaise Pascal. J’y aidai à installer le concert de soutien qui allait jouer dans quelques minutes. Je portai instruments, accessoires de sons, tables, ouvrai chips, etc. Je n’y connaissais personne, mais j’avais été étudiant à cette fac, jadis. Et une telle lutte, je connais un peu. Je revins en trottinant sous la pluie chez Timothée quand débutait le concert. Les mondanités n’étaient pas finies. Timothée allait revenir du match de rugby de l’ASM, et il m’avait proposé de rejoindre Coralie à Massiac pour que nous soyons spectateurs du match d’impro théâtrale de la SLIP : Sympathique Ligue d’Improvisation Ponote. Coralie était l’ingénieure son de la soirée. Timothée, François (un autre François que celui de tout à l’heure… un pote de Coralie et de Timothée) et moi profitions du spectacle. Sauf que je devais quand même bien me nourrir. J’avais apporté ma boîte en plastique remplie de pâtes à l’huile et au sel. (Oui, je ne fais pas dans la fioriture… ni dans le surgras à la veille du marathon. Juste un peu d’huile. J’avais goûté de fruits avant de partir à Massiac.) Donc, après la grosse heure de route qui nous avait conduit à Massiac, et avant le début du match d’impro, je mangeais mes pâtes un peu en retrait des rangées de sièges, et vers les coulisses de fond de salle. D’ailleurs, les acteurices d’impro me virent manger mes pâtes, cela les fit rire, je crois qu’iels s’en souviennent encore ! Le match d’impro se finit vers 23h00, mais il fallait ranger la salle ! Coralie fait partie de la SLIP, elle y participa donc logiquement. Nous étions venu-e-s avec la voiture de François qui repartait ensuite vers le Puy-en-Velay (ponot qu’il est), il nous fallait donc aider à ranger aussi pour accélérer le mouvement. A minuit et demi, nous avions terminé de ranger et nettoyer un peu la salle, tout le monde se dit au revoir, et les adhérent-e-s de la SLIP retinrent encore mes pâtes d’avant-théâtre… Iels me souhaitèrent bonne course, puisque je leur avais dit pourquoi je mangeais bizarrement des pâtes avant le début d’un match d’impro ! Durant le match d’impro, j’avais bâillé à de nombreuses reprises… Nous revînmes chez Timothée : plus d’une heure de route pour le retour, donc.

    Je me préparai mon bol de petit-déjeuner pour le lendemain : une bonne dose de graines de chia et des flocons de céréales avec graines (courge) et canneberge séchée. Je mis de l’eau dans le bol, touillai tout cela afin que les céréales et les graines de chia soient toutes hydratées ; je couvris le bol, à l’aide d’une coupelle, puis je mis ce bol au frigo. J’allai me coucher : il était 2 heures du matin, le départ du marathon étant à 9 heures du matin. Belle marrade au match d’impro, mais maintenant il fallait reposer la machine.

    Je me réveillai dans la nuit à 5h20. J’allai aux toilettes. En me recouchant, je pensai à mon heure programmée de réveil : j’avais programmé mon réveil à 7h30 afin d’avoir eu quand même du temps de sommeil. Mais puisque j’étais réveillé, que je ne me rendormais pas tout de suite, qu’il était 5h30 et que j’avais à « manger des forces » à un moment donné, autant l’espacer le plus possible du début de la course. Timothée a l’habitude de manger entre 3 et 4 heures avant le début de la course. Au profit de mon réveil nocturne, je fis donc la même chose. :p

    5h55, je retournai me coucher. Quand 7 heures se pointèrent, je me réveillai doucement, m’étirant doucement dans mon lit. Timothée se levait aussi pour tenir son rôle de parrain de la course. Je le rejoignis, puis m’habillai dans mes habits de course. 8 heures, j’étais fin prêt. Coralie me souhaita une bonne course, puis Timothée et moi partîmes vers 8h15, en petit trot. 8h33, nous arrivâmes au village-départ. Timothée fila à ses affaires de parrain, et moi, je donnai mon sac à la consigne puis partis me protéger du vent. Car il y avait du vent, beaucoup ce matin-là. Et 9°C. Pas très chaud : ça me donna envie de pisser à quelques minutes de la course.
     
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    #37 Helder, Oct 30, 2017
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    (Episode 3.)

    La difficile adéquation du corps et de l’esprit : un piège de tête brûlée


    Heureusement, le réchauffement allait vite venir : la course ! 8h55, je discutai minimalisme et pieds nus avec un gars que je pris en photo avec sa compagne, pour leur photo-souvenir : le gars ne courait pas le marathon, mais encourageait sa compagne. 9h00 : quelques secondes avant le départ, je demandai à mes voisin-e-s où se trouvaient les porte-flammes qui sont les références de chrono. Je demandai la flamme des « 3h30 ». On m’indiqua la flamme bleue, loin devant, tout devant en fait, juste sur la ligne de départ. Une fois le départ donné, je remontai donc lentement la course en zigzaguant un peu : ce fut déjà une première erreur, à mon avis. Comme dit dans le livre Born to Run, tant qu’on a la proie en mire, on peut continuer à son rythme. Le zigzag est forcément une source de stress et un rallongement de distance. Au bout de 1500m, je rattrapai la flamme bleue des « 3h30 ». Je restai avec elle 30 secondes et la doublai au bénéfice d’une légère descente. En fait, je notai que j’étais plus à l’aise que les personnes en chaussures, dans les descentes ; mon hypothèse est que je contrôle mieux chaque petit mouvement, tandis que la chaussure a tendance à faire rebondir à l’excès vers l’avant sans permettre de corriger à la perfection chaque petit mouvement… ce qui donne plus de risques quand on est en baskets. La première partie de la boucle, boucle qui faisait un semi-marathon et était donc répétée deux fois, était descendante. Voilà déjà pourquoi j’étais si bien en ce début de marathon. Une fois la flamme bleue dépassée, je décidai d’écouter mes sensations. Erreur fatale, puis-je dire a posteriori !!! Je me sentais terriblement bien. Mais un marathon, c’est long, et il faut avoir un peu de rationalisme, et non seulement l’écoute de ses sensations. Le corps et l’esprit : un piège de tête brûlée, puis-je dire maintenant. Je n’ai pas réussi à résoudre l’équation. Pas en adéquation, quoi...

    Les ailes d’Icare : l’euphorie

    Je me sentais toujours bien. Je courus dans la partie bien descendante et arrivai au lycée Blaise Pascal en rattrapant le porte-flamme rouge : celui des « 3h00 ». Cela faisait 3 km que nous étions parti-e-s. Il faut savoir que les porte-flammes étaient parti-e-s vite. Les personnes en tête de la course aussi. Et moi donc ! J’écoutais mes sensations, je faisais mon Icare. Je collais mes ailes et commençai à prendre mon envol tellement je me sentais bien. Quel sentiment d’impuissance ! Trompeur…

    Le mythe (grec antique) d’Icare est celui du jeune qui s’échappe du labyrinthe avec son père :
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Icare#Mythe
    Extrait de Wikipédia :

    À cause de ses trahisons répétées, Dédale est jeté avec son fils Icare dans le labyrinthe dont il est l'architecte. Ne pouvant emprunter ni la voie des mers, que Minos contrôlait, ni celle de la terre, Dédale eut l'idée, pour fuir la Crète, de fabriquer des ailes semblables à celles des oiseaux, confectionnées avec de la cire et des plumes. Il met en garde son fils, lui interdisant de s'approcher trop près de la mer, à cause de l'humidité, et du Soleil, à cause de la chaleur. Mais Icare, grisé par le vol, oublie l'interdit et prend de plus en plus d'altitude. La chaleur fait fondre la cire jusqu'à ce que ses ailes finissent par le trahir. Il meurt précipité dans la mer qui porte désormais son nom : la mer Icarienne1.

    Et MERDE : la démarche zéro déchet !!!

    Eh bien voilà : j’étais grisé. Je voulais continuer avec mes sensations. Je courais à peu près à la vitesse des 3h00, à peine plus vite. Je discutais avec les personnes, de minimalisme ; je faisais des blagues avec les voisin-e-s de course. Dans le 4e kilomètre, une faible descente régulière me fit prendre de l’avance sur la flamme des « 3h00 », déjà elle-même partie vite. Au 1er ravitaillement, c’est-à-dire aux 5 km, je pris la bouteille d’eau de 50 cL. Et seulement ça. Pas de truc sucré pour moi ; pas dans une forme si bonne. Mais merde : les bouchons avaient été préalablement enlevés des bouteilles par les bénévoles ! En fait, j’aurais bien aimé la garder sous le bras, cette bouteille. Il faut savoir que je suis dans une démarche « zéro déchet » dans laquelle je m’implique beaucoup en ce moment : je participe au « concours Famille zéro déchet », à Chambéry. Une bouteille d’eau en plastique et sans bouchon, autant dire que c’est le pompon ! Un marathon, dans sa logistique, c’est le pompon, de toute façon… Je bus quand même pas mal d’eau, je gardai la bouteille pour y boire au moins à 5 reprises : des petites gorgées tout en continuant de courir. Je dus boire 25 centilitres dans les 400 mètres qui suivirent, en fait. Puis je jetai presque honteusement la bouteille. Je fis attention de la jeter au pied d’une poubelle jaune qui était là, dans cette rue. Quand même… Je viens me confesser à vous, cher-e-s lecteurices : vous savez tout. :p

    Les ravitaillements, de boire, je remarquai que cela me faisait perdre de l’allure. Mais il faut bien s’hydrater ! Dans ce 6e km et après cela, les personnes au bord de la route, venues encourager, avaient le temps de me voir passer presque isolé : les commentaires sur les pieds nus allaient se faire nombreux dans le public, après les commentaires des autres coureureuses (heureuses ???) du début de course.

    Et merde encore : les déchets urbains, tessons de bouteilles en verre et bris de pare-brise

    J’arrivai à un croisement jonché de bouts de verre, à 6 km de course. Je courus avec agilité entre les petits bouts de verre, n’en eus aucun sous le pied, mais soufflai de soulagement une fois passé le croisement. Ouf… Mais ce n’était pas la fin des surprises en matière de verre brisé.

    Le bitume, lui, était plutôt changeant sur la course. Une moyenne plutôt bonne, je dirais quand même. D’autant plus que, lors d’un marathon, l’on a de la largeur sur laquelle choisir son meilleur revêtement. Alors, là, je peux le dire : je voguais de ligne blanche en ligne blanche, ou de trottoirs lisses en trottoirs lisses. En bref, je faisais beaucoup plus de distance que les autres. Je rajoutais un mètre tous les cent mètres, je pense ! Au courage ! Et toujours aux sensations…

    J’arrivai au relais du km 10 en 41’00. (Le lendemain de la course, j’appris que le vainqueur en 2h43 était passé là en 35’00’’. Rapide, ce début de marathon. Je réalisai le lendemain de la course que ce temps-là me faisait aller sur des bases de 2h53 pour le marathon.) Dans ces kilomètres loin du centre-ville, le bitume était beaucoup moins bon, justement parce que l’on s’éloignait du centre-ville. Ce n’étaient pas les enrobés modernes. Plus anciens et moins soignés, ces bitumes m’amenaient à courir sur le terre-plein enherbé où je devais tout de même faire attention à ne pas m’écraser le pied sur une pomme de pin, sur laquelle j’aurais pu rouler et me blesser.

    Juste après le relais du km 10, il y avait le ravitaillement : ce n’était plus une bouteille, mais des gobelets en plastique jetable à moitié remplis. Bon, bah question déchets, tant pis encore une fois… Je pris un seul gobelet, à la volée, le bus et le jetai à côté d’une poubelle jaune qui était 30 mètres après le ravitaillement, posée là à cet effet. Les poubelles jaunes, à Clermont-Ferrand, je crois bien qu’elles acceptent les gobelets plastiques jetables. Pas les poubelles jaunes de Chambéry. Question de différence entre les centres de tri sélectif et de valorisation des déchets. Dans le stress de la course, je ne réfléchis pas à toutes ces nuances déchéto-géographiques ! Je préférai jeter donc juste au pied de la poubelle, comme dit plus haut. Mea culpa, je ne connaissais pas toute la politique déchets de Clermont.

    Je ne sais plus quand j’avais dépassé le favori de la course qui avait fait le choix à mon avis expérimenté de partir lentement et de monter en puissance. C’était un quadragénaire, je dirais : il m’avait fait forte impression dès que je l’avais aperçu. Je m’étais dit : regarde sa foulée et essaie de le garder en mire. Je l’avais dépassé au bénéfice d’une descente, je pense. Bref. Mais, vers les 11,5 km, il me rattrapa. Nous devions donc être à la 48e minutes de course, si mes calculs sont bons. J’étais bien au niveau cardiaque et au niveau du souffle. Le favori me demanda :
    « Vous courez les 42 km ? » (Oui, il y avait des courses en relais, duo ou quatro.)
    Moi : « Oui. »
    Lui : « C’est super, ce que vous faites, là. Chapeau. »
    Moi : « Merci. »
    2 secondes passèrent.
    Moi : « Bonne route à vous, en tout cas. »
    Je voyais en effet qu’il avançait son élégant rouleau compresseur, qui ne s’arrêtait plus.
    Puis il reprit : « Oh, mais on va se recroiser encore… »
    Euh, non pas sûr, pensai-je…

    Il prit donc lentement mais sûrement de l’avance. Notre rencontre puis la discussion n’avaient duré que 300m de course.
     
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    #38 Helder, Oct 30, 2017
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    (Episode 4.)

    Le tournant : au sens propre comme au figuré


    Le favori commença à prendre de l’avance sur moi quand nous étions donc au point le plus bas du marathon : le plat dans le quartier du stade Gabriel Montpied.

    56’00 de course avaient passé : je commençai à sentir du moins bien. Je regardai ma montre, signe d’une petite inquiétude. J’en étais au km 13,5 environ. Peut-être avais-je inconsciemment accéléré en voyant le favori me prendre inexorablement du terrain… et peut-être cela avait-il joué sur le « coup de moins bien ». Je n’étais en tout cas plus aussi léger et mes sensations n’étaient pas excellentes. Je décidai de ralentir… un peu. Peut-être que mon erreur la plus grande fut là : j’aurais peut-être dû ralentir beaucoup plus. Gérer ma course. Comme je l’avais toujours bien fait dans ma jeunesse : plus jeune, je ne partais jamais trop vite. Mais 42 km, c’est autre chose. Peut-être courus-je alors à la vitesse qui aurait dû être la mienne depuis le départ : 12 km/h. 5 minutes au km. Cela, c’est plus rationnel, oui. Plus réaliste.

    Km 14,6 : la flamme des « 3h00 » me redoubla. Nous devions être donc à 1h01 de course, si mes souvenirs sont bons et mes calculs aussi, et prit tout de suite un peu le large. Je m’efforçai d’adapter l’allure pour choisir une allure plus lente et soutenable.

    Km 15,1, soit 1h04 : nous eûmes la première vraie petite côte du marathon : il fallait bien revenir (après un grand virage) en centre-ville après être descendu sans n’avoir quasiment pas eu de montée encore. Il est à savoir que le parcours de ce marathon n’était pas plat. Le trajet avait été pensé pour être le plus plat possible. Mais Clermont a le mot « mont » dans son nom ! Sa situation de contact entre montagnes volcaniques et plaine de Limagne est atypique : la « faille de la Limagne » est non loin de notre tracé, et les pentes étaient inévitables sur une boucle de 21 km… La flamme des « 3h00 » prit de l’avance donc.

    Je regardai de nouveau ma montre vers 1h10 de course, au niveau de l’hypermarché du quartier Croix-de-Neyrat : 16 km environ. Là, ce fut un autodiagnostic sévère que je posai mentalement :
    « Mes sensations, on n’en a rien à péter. Je suis en train de craquer. Alors, il faut ralentir plus que ça. Sinon, terminer la course sera compromis. Je sens des douleurs dans la voûte plantaire à gauche notamment, mais aussi un peu à droite. »

    Veni, vidi… et merde « encore » !

    Pas « vici ». Non non… Là, il me fallait être humble. "Puis-je terminer la course ?" me demandai-je. Les coureureuses me doublaient en nombre, dans cette côte. Leurs encouragements me faisaient plaisir. « Courage à vous aussi », leur répondais-je avec bravoure. Mais c’est vrai que c’est là que j’allas apprendre le plus sur la course à pied. J’avais fait des erreurs, j’avais été présomptueux. Maintenant, j’allais prendre le temps et apprendre. Et écouter un peu la voix de la raison, que j’avais tue trop longtemps.

    Km 17 : là, j’étais dans la plus grosse côte du marathon (et elle est belle, en effet), je doutais de ma capacité à terminer le marathon. Je pensais même l’arrêter une fois franchi le portique du semi-marathon.

    Une joie à en pleurer

    Km 18,5 : Une bénévole (bloquant une intersection) me cria :
    « Allez, jusqu’au bout ! »
    Euh ouais, on n'était qu’au premier tour, hein... Bon, je sais qu’à ce moment, ma tête ne devait pas être belle à voir. Peut-être faisais-je un peu la grimace. Je voudrais bien une photo de ce moment-là. Ou plutôt une vidéo. Car mon sourire grandit jusqu’à toucher mes oreilles. J’étais dans la douleur, mais j’avais une joie de trouver des réponses. Il me vint même à l’esprit que je pourrais terminer la course en y allant doucement et en faisant une 2e fois la boucle. Cette pensée dura pendant un km. Que faire ? M’arrêter et préserver ma santé physique ? Ou trouver les ressources mentales pour voir ce que vaut mon mental, ma gestion des pépins et surtout continuer à garder ce sourire de course à pied que j’avais trouvé à l’occasion d’un encouragement banal ? J

    Km 20 : 3 bouteilles en verre au moins avaient explosé ici, jonchant le sol de centaines de tessons. Un coureur qui m’avait doublé me cria alors : « Attention, bouts de verre. » Lui aussi, ce gars, m’a donné le sourire. « MERCI », que je lui lançai ! Merci, oui, mec. J’évitai sans problème ces bouts de verre, mais il y en avait un paquet.

    Le favori abandonna juste avant le semi

    Km 20,5 : J’étais Avenue des Etats-Unis, et des flèches bleues peintes un peu à la va-vite m’indiquaient qu’il fallait tourner à gauche pour rejoindre la rue du 11 novembre, afin de la parcourir depuis son milieu jusqu’à son extrémité méridionale. J’apprendrai plus tard que le favori de la course était passé avant moi à cet endroit sans pour autant tourner vers la rue du 11 novembre mais en traçant « tout droit » vers la place de Jaude, attiré qu’il était par le village-départ. Quand il était arrivé sur la place de Jaude par le mauvais côté, on l’avait sommé de faire demi-tour et de prendre enfin le bon chemin. Il avait fait 200m de trop dans un sens, il lui fallait refaire 200m dans l’autre sens avant de repartir dans le bon sens. Un peu énervé par l’effort physique et excédé par si peu de sérieux dans la communication du tracé, il avait abandonné. Ce favori, c’est le favori dont je vous ai parlé plus haut et qui m’a doublé au Km 11,5. Au moment de son abandon, il était 2e de la course. Dans cette rue du 11 novembre, je courus sur des pavés sur une distance de moins de 200 mètres ! Il y eut une ou deux autres fois où j’ai couru sur des pavés durant le marathon, mais la distance totale n’excède pas 300 mètres, à mon avis. Et de toute façon, mes pieds apprécient les pavés, car ceux-ci sont moins abrasifs que le bitume ! J

    Km 20,8 : il ne me restait plus qu’à faire tout le tour de la place de Jaude. Mon ami Timothée et parrain de l’épreuve avait du pain sur la planche, mais il avait quand même pris le temps de surveiller mon passage afin de me glisser l’avertissement réglementaire :
    « Helder, si tu veux que la puce du chrono fonctionne, il faut que tu la passes à moins de 30 cm du sol ! » Il disait cela tout en se penchant vers le sol et en mimant ce que je devais faire en courant et en passant la puce très bas. J

    Un semi… entièrement fatigant

    Semi-marathon, 21,1 km : je passai en 1h41 environ, en me penchant vers le bas pour la puce. Je m’arrêtai et pensai à mes pieds. Je dis 1h41 environ, car mes pieds me préoccupaient. Je me retournai vers la barrière « Vauban » qui contenait les relais (duo ou quatro) de la fin de l’épreuve. J’aperçus un billet de 10 euros par terre.
    « C’est à vous ? » demandai-je à la personne la plus proche. Elle avait son smartphone en main, surmonté d’une housse.
    « Oui », répondit-elle. « C’est tombé de la housse. »
    Bon, je ne gagnai pas 10 euros en courant mon marathon. Et je n’eus pas le lot des finishers (dont le saint-nectaire !)... Je me suis planté sur toute la ligne, à bien y repenser !!! :D

    Cardiaquement, j’étais super bien : rien de ce côté-là. Bon, j’avais quand même couru la deuxième moitiés de semi moins vite que la première moitié de semi…

    J’allai retirer mon sac à la consigne du village-départ, puis j’allai manger au ravitaillement de l’arrivée. Que c’était bon de manger, de finir l’effort aussi. Je n’avais pas eu faim, je n’étais « pas foncièrement » déshydraté a priori. Mais j’étais content d’en avoir fini, malgré un abandon. Plusieurs minutes plus tard, et après avoir discuté avec un tas de gens, je filai aux douches qui étaient situées à 500m. Et là, j’eus mal. Je marchais lentement. Mon corps s’était refroidi, je m’étais couvert pour ne pas avoir froid. Il y avait toujours ce fameux vent.

    J’avais du mal à marcher. Dans l’après-midi, je mis de la glace J’utilisai des béquilles le lendemain et me rendis compte que cela sert quand même sacrément pour monter ou descendre des escaliers. (Je mets même du gel d’arnica. Ce ne sera bientôt plus utile, à mon avis.)

    Je vécus un covoiturage de merde au possible, ce lundi : bon, c’est une autre histoire, mais elle m’irrite encore. Je me rendis au boulot le surlendemain de la course, c’est-à-dire le mardi. A 9h00 du matin le mardi, je fus de nouveau sur un vélo en séance particulière avec une apprenante. Il faut dire que le vélo me faisait moins mal que la marche. Et que je continue à apprécier le vélo dans ces moments où je suis un peu diminué par des erreurs de gestion d’effort.
     
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    #39 Helder, Oct 30, 2017
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    (Episode 6 et fin !)

    Le bilan

    En fait, ce que je considère maintenant, c’est que j’ai peut-être trop bombardé dans les descentes malgré de bonnes sensations. Mes pieds ne sont pas encore assez forts, en fait. Il en est question dans le livre Born to Run, mais je ne l’avais pas encore fini, le jour du marathon. Maintenant que je l’ai fini, je peux faire un bilan. Mes pieds ne sont pas assez forts, C’EST UN FAIT. Ensuite, peut-être les descentes ont-elle posé problème parce qu’on va plus vite. Mais peut-être aussi suis-je parti trop vite. Peut-être que si j’avais couru mes 10 premiers kilomètres en 50 minutes, peut-être aurai-je pu courir le marathon en 3h15, en accélérant au fur et à mesure. Je le pense, même. Bref, j’ai appris par l’erreur, ou plutôt par LES erreurS ! Mais je n’ai PAS ENCORE ASSEZ APPRIS, je le sais ! Bien voyager à vélo, je l’ai appris en faisant des tas d’erreurs, en faisant des journées de 150 km où j’avais fait n’importe quoi… Alors, j’espère avoir plus de sagesse pour la course, la prochaine fois. Mais les erreurs me serviront, je le sais. Mais le mieux est de ne pas les répéter. Et d’apprendre sans erreur, c’est encore mieux. Mais pas garanti que ce soit absolument faisable, aucune erreur. Des erreurs moins douloureuses, on va essayer.

    Un des plus grands apprentissages, c’est qu’il faut savoir ne pas être que dans les sensations dans ce genre de grande épopée. Le rationalisme a du bon. Je l’ai appris aussi à vélo, pourquoi cela ne vaudrait-il pas dans la course à pied ?

    Timothée m’a dit le dimanche après-midi, après la course :
    « Ah ouais, c’est vrai, je ne t’ai pas demandé quels étaient tes temps de passage ? »
    Boaf, maintenant, je vais réfléchir sur ce qu’est le « negative split ». :p Et m’assagir un peu, j’espère…

    Il est désormais dimanche, une semaine après le marathon, je termine de rédiger ce compte-rendu ; cela fait plus de 24 heures que j’ai envie de courir de nouveau. Nonobstant, il va falloir que je prenne « mon mal en patience » car mon pied gauche ne va pas encore bien : mon pied droit, qui a aussi été très sollicité durant la course de dimanche dernier, est maintenant en pleine forme pour courir… mais pas encore le gauche ! C’est là que me revient l’idée que l’on doit prêter une oreille attentive à ne pas aggraver son cas quand sont désynchronisés l’esprit et le corps : reprendre la course maintenant, ce serait être tête brûlée. Un peu comme lors de mon marathon où j’ai voulu écouter mes sensations et mettre de côté le rationalisme. Esprit de la course, es-tu là ? Et rationalisme, es-tu toujours là ?

    Un retour à la pratique in concreto ? La méthode concrète sans ambitions de chrono.

    Enfin, afin de ne pas répéter cette blessure de tête brûlée, il me faut dorénavant renforcer mes pieds. Que ceux-ci soient plus forts. C’est ce qui est écrit aussi dans le livre Born to Run. Pour les renforcer sans être tenté de courir trop vite d’un coup, je pense que je vais faire une interruption des courses à pied chronométrées, je ne vais plus m’inscrire pendant un moment à un événement. Et puis je pratiquerai la course à pied dans mes déplacements du quotidien. Moins de vélo, plus de pieds nus ! Pas d’ambitions de tête brûlée : je ne serai pas tenté d’être présomptueux.

    Allez, à la prochaine ! (Et si vous avez lu tout mon blabla, bravo. Et merci.
     
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    #40 Helder, Oct 30, 2017
    Last edited: Nov 9, 2017

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